| Année: |
1909 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin occidental |
CHAPITRE V
____
GROUPE DES MISSIONS DU TONKIN
~~~~~~~
I. ─ Tonkin occidental
Population catholique 140.379
Baptêmes d’adultes 1.470
Baptêmes d’enfants de païens 29.086
___
« La première parole de ce compte rendu doit être une parole de reconnaissance. Cette année 0909 réservait, en effet, une grande joie et un grand honneur à notre Vicariat. Pour la deuxième fois en neuf ans, nous voyons la couronne des Bienheureux ceindre le front de vaillants athlètes qui ont jadis illustré le Tonkin occidental.
« Dès l’an dernier, en apprenant la nouvelle de leur prochaine glorification, nous avons rendu grâces au divin Maître de la précieuse faveur qu’il nous préparait. Aussi, quand le télégraphe nous a annoncé que leur béatification était un fait accompli, clergé et fidèles se sont unis, le dimanche 9 mai, dans un élan d’amour et de reconnaissance envers le Chef de l’Église et d’ardentes invocations envers nos nouveaux Bienheureux : François Néron, Théophane Vénard, Laurent Huong, Paul Tinh, Pierre Van et Agnès Ba-Dé, la première femme annamite placée sur les autels.
« Bientôt les fêtes du triduum tious fourniront l’occasion de renouveler à ces bien-aimés protecteurs les témoignages de notre vénération et de notre confiance. Puissions-nous mériter, en retour, qu’ils daignent nous assister dans nos travaux et faire germer sur cette terre du Tonkin arrosée de leur sang une abondante moisson de chrétiens ! Nous les prions aussi d’aplanir les voies afin que ceux qui ont partagé leurs supplices soient admis à partager leur couronne. Nous comptons encore plus de 400 causes de martyrs, dont le procès ordinaire est achevé et traduit. Depuis plusieurs années déjà, nous nous occupons de transcrire les actes d’un premier groupe comprenant 45 de ces serviteurs de Dieu. Mais c’est un travail de longue haleine, car il s’agit de copier près de 8.000 pages à plusieurs exemplaires ; cependant nous espérons, s’il ne survient aucun contretemps, terminer le tout dans le courant de l’année prochaine. Fiat !
« Outre la béatification de nos martyrs, nous avons rencontré, au cours de l’exercice 1908-09, deux dates qui ont, à juste titre, stimulé la piété de nos chrétiens, Le jubilé du Pape et le jubilé de Notre-Dame de Lourdes ont été célébrés dans toute la mission avec entrain et ferveur. Les nombreuses prières et communions offertes en ces deux circonstances attestent au moins notre bonne volonté et nons associent à l’effort de l’univers chrétien pour fêter ces insignes anniversaires. Celui de Notre-Dame de Lourdes a revêtu un éclat particulier à la cathédrale de Ké-so, où un triduum solennel, suivi par tous les chrétiens de la région, s’est clôturé par une superbe illumination de la grotte de Lourdes élevée au chevet de l’église.
« Ce qui frappe le plus en ces solennités religieuses, c’est l’affluence des fidèles à la sainte Table. Nous constatons, d’ailleurs, à peu près Je même concours aux premiers vendredis du mois et aux dimanches ordinaires. Même en semaine, le nombre des communions s’accroît visiblement. Aussi les comptes rendus paroissiaux sont-ils unanimes à signaler combien la communion fréquente et quotidienne pénètre de plus en plus profondément dans les habitudes de vie de nos chrétiens, lorsqu’ils ont le prêtre à proximité.
« Le total des communions pour cet exercice monte à 713.000, dont 117.000 à Hanoï (paroisse et communautés religieuses). Les autres chiffres les plus marquants sont : grand séminaire, 10.000 communions ; petit séminaire, 19.405 ; paroisse de Keso, 36.050 ; Nam-dinh, 37.744 ; Ke-set, 25.089 ; Phung-khoang, 22.396 ; Ke-trinh, 19.504 ; Ke-bang, 18.900 ; Ke-dai, 17.927 ; Ke-dam, 16.750 : Chan-ninh, 14.300 ; Ke-rua, 11.541 ; But-dong, 11.080, etc., etc.
« Grâce au décret du Saint-Siège permettant de faire désormais coïncider le triduum en l’honneur du Saint-Sacrement avec le jour d’adoration annuelle fixé pour chaque paroisse, il nous sera encore plus facile de faire aimer cette fructueuse pratique de la communion fréquente et de la propager.
« Une autre source de progrès spirituel pour la mission, c’est le développement des petites écoles ou classes de doctrine établies en faveur des enfants. Elles existent maintenant à peu près dans toutes les chrétientés. Elles sont dirigées par des professeurs volontaires, d’ordinaire excellents chrétiens et très dévoués à leurs fonctions, qui se font un devoir, tout en enseignant les prières et le catéchisme, d’habituer leurs jeunes élèves aux pratiques de piété en rapport avec leur âge et ainsi de les fortifier à l’avance pour les luttes qu’ils devront subir plus tard.
« Tout cela est donc très consolant, mais ici comme partout les soucis et les appréhensions se mêlent à nos joies. Les bruits qui circulent, l’attitude de nombre de leurs compatriotes éveillent peu à peu dans l’esprit des chrétiens des idées d’indépendance ; les volontés deviennent moins maniables et nos conseils sont moins écoutés. En même temps, les inquiétudes de la situation politique, les menaces dirigées contre les chrétiens contraignent les missionnaires à une vigilance de tous les instants pour écarter les embûches de l’ennemi, et ils ont parfois l’amer regret de voir des convertis, même baptisés, retourner en arrière, tandis que des demandes de conversion, qui paraissaient sincères et résolues, s’arrêtent avant d’aboutir. Toutes, heureusement, n’en sont pas là. Chez MM. Chalve, Aubert, Lauvergnat, plusieurs nouveaux groupes ont commencé à étudier. M. Le Page, qui a encore recueilli cette année 280 baptêmes, vient de fonder 3 catéchuménats chez les montagnards, à l’extrémité de son district. Mais l’instruction y sera bien difficile à cause de l’insalubrité de la région. Au bout de quelques mois de séjour, le premier catéchiste a été enlevé par la fièvre des bois et le missionnaire a dû rappeler son remplaçant, tombé malade à son tour. Il cherche un moyen de surmonter cet obstacle. Puisse-t-il réussir !
« L’un des postes les plus intéressants créés par ce cher confrère est, sans contredit, celui de Go-coi, dirigé actuelement par son vicaire, M. Marty. En 1899, il n’y avait là que des collines incultes et malsaines. En 1904, elles commençaient à se défricher et à se peupler de familles converties qu’y installait la charité du Père. En avril dernier, à ma troisième visite, j’ai été très agréablement surpris de voir ces collines couvertes de plantations de thé, d’arbres fruitiers en plein rapport, et près de 300 chrétiens groupés autour d’une chapelle modeste, mais suffisamment décente pour qu’on y puisse conserver la sainte Eucharistie.
« L’on travaille en ce moment à régulariser la situation civile de ces divers groupements. L’autorité résidentielle, après avoir vu, sur place, l’œuvre des missionnaires, en a fait un éloge mérité et se montre tout à fait disposée à ériger Go-coi en commune distincte.
« Le district de Nam-xang ne formait jadis qu’une paroisse ; il en compte maintenant quatre avec trois annexes. Par annexe, nous désignons ici une section de paroisse, confiée à la direction d’un vicaire, sous le côntrôle du curé. C’est le vicaire qui doit visiter les chrétientés rattachées à cette section et s’occuper du soin des malades. Ce système facilite l’assistance à la messe et l’accomplissement de leurs devoirs religieux aux chrétiens des villages éloignés du centre qui, autrement, ne rencontreraient le prêtre que pendant la courte période des administrations annuelles.
« Notre petit séminaire de Hoang-nguyen, qui comptait 241 élèves au début de l’aunée scolaire et 227 au moment des vacances, est éprouvé depuis deux ans par la maladie du béribéri. Beaucoup d’élèves ont dû interrompre leurs études ; un d’entre eux, et l’un des plus vigoureux, a été enlevé en quelques jours. Les professeurs annamites ont été frappés également, quelques-uns assez gravement pour être réduits, pendant plusieurs semaines, à une complète inaction.
« Notre dette de reconnaissance grandit chaque année vis-a-vis des Frères des écoles chrétiennes et des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Malgré les difficultés de l’heure présente, l’école Puginier et l’école de Sainte-Marie continuent leurs succès et gardent la confiance des familles : le premier établissement a reçu, cette année, 240 élèves français et annamites et le second (ouvroir compris), 410. Les Sœurs de nos hôpitaux indigènes, chargées d’un labeur particulièrement pénible, réalisent pleinement la parole de saint Augustin : « Ubi labor amatur, non laboratur. » Loin de se plaindre, plus elles ont de travail, plus elles s’en réjouissent. Dans le courant de l’année, elles ont soigné 630 malades et donné 78.000 consultations avec distributions de remèdes. C’est à nos pieuses religieuses que nous devons également le plus grand nombre des baptêmes obtenus an monient de la mort.
« En terminant ce compte rendu, laissez-moi vous raconter, tel que je l’ai trouvé dans le rapport de M. Dronet, un trait touchant de la protection maternelle de la Vierge Imma-culée.
« Le 16 décembre dernier, écrit le missionnaire, en me rendant à l’église après diner, je « rencontre à la porte de la sacristie une femme âgée qui m’aborde et me dit : Père, je veux me « confesser, je ne l’ai pas fait depuis quarante-deux ans. » Pensant qu’elle avait dû tout « oublier, prières et catéchisme, et qu’elle ne pourrait se préparer toute seule, je la fis conduire « chez les Sœurs du Refuge. Mais là on s’aperçut vite qu’elle savait encore très bien sa « religion et qu’elle était en état cie recevoir, sans retard, les sacrements. Le lendemain, après « sa communion, je lui demandai son histoire : « Je m’appelle Anne Nhai, me répondit-elle ; « j’appartiens a le mission des RR. PP. Dominicains du Tonkin central. En 1861, au moment « de la dispersion des chrétiens dans les villages païens, je fus prise et enlevée par un Chinois « qui m’emmena en Chine et me vendit à un riche païen de la contrée. J’essayai, à plusieurs « reprises, de m’échapper, mais toujours inutilement. Je ne réussis qu’à attirer sur moi la « colère de mon maître qui me menaça de la mort si je renouvelais mes tentatives. Je me « résignai donc à mon sort, et dès lors, bien que toujours considérée comme esclave, je fus « traitée avec plus de douceur et de prévenance. Cependant, je n’oubliais pas que j’étais « chrétienne, et, tous les jours, je priais la sainte Vierge de me protéger ; je lui demandais « surtout la grâce de pouvoir me confesser et de ne pas mourir sans sacrements. Elle daigna « enfin m’exaucer. Un jour que j’étais allée à un marché éloigné, un raz de marée envahit le « village, toutes les maisons furent détruites et les habitants noyés par l’inondation, mon « maître comme les autres. Redevenue libre, je décidai de rentrer au Tonkin. Il me fallut « d’abord faire huit jours de marche pour gagner Quang-tcheou-van où je trouvai à « m’embarquer pour Haiphong. De là, je suis venue tout d’un trait à Hanoi, et, mon premier « soin a été d’accomplir ma résolution et de me confesser. »
« Malgré son long séjour en Chine, cette femme avait toujours été fidèle à prier. Elle avait « baptisé plus de 40 petits païens à l’article de la mort. Tant de bonne volonté et de zèle devait « être récompensé. Une fois de plus notre Mère du ciel a montré qu’il n’est pas de situation « désespérée dont elle ne sauve ceux qui ont confiance en elle. Laus Deo et Mariœ ! »
~~~~~~~~
<< Retour page précédente
|