| Année: |
1910 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. ─ Tonkin Maritime
Population catholique 96.000
Baptêmes d’adultes 1.311
Baptêmes d’enfants de païens 8.935
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« La maladie a visité, cette année, un bon nombre de Missionnaires, écrit Mgr Marcou, vicaire apostolique du Tonkin Maritime. La divine Providence a permis que nous n’ayons pas de mort à déplorer. Mais plusieurs Confrères ont dû quitter leur poste pour aller demander au climat de Hong-Kong ou à celui de France, une guérison qu’ils ne pouvaient pas obtenir au Tonkin.
« Malgré ces épreuves, les résultats de cet exercice sont, dans leur ensemble, supérieurs à ceux des années précédentes. C’est dire que les ouvriers apostoliques ont travaillé avec ardeur dans les divers postes confiés à leurs soins.
« M. Bareille, mon provicaire, a, le premier, donné l’exemple d’une infatigable activité, malgré ses 66 printemps et une santé qui commence à décliner. Outre l’administration ordinaire de la paroisse la plus nombreuse du Vicariat, il a entendu 11.500 confessions ─ 220 confessions par semaine ! Il a mis la communion fréquente et quotidienne en grand honneur parmi ses chrétiens et, au cours de cet exercice, à Phat Diem seulement, il a été distribué 79.000 cominunions.
« Grâce au zèle déployé par tous les Missionnaires et à de fréquentes explications du Décret Sacra Tridentina Synodus, grâce aussi aux triduums eucharistiques qui se succèdent, à tour de rôle, chaque dimanche, dans les paroisses, la piété des fidèles envers le Très Saint-Sacrement a continué de progresser partout et le chiffre des communions de dévotion, qui était de 363.000 l’an dernier, est passé, cette année, à 418.000.
« Les Triduums célébrés en l’honneur de nos nouveaux Bienheureux ont grandement contribué, de leur côté, à augmenter la ferveur de nos chrétiens. De plusieurs endroits, on signale la conversion de pécheurs endurcis, vivant, depuis un temps plus ou moins long, loin des sacrements et touchés par la grâce en ces jours de prières. Toutes les paroisses ont rivalisé de savoir-faire et d’entrain afin de donner à ces fêtes un éclat digne de la circonstance. Elle est allée au plus intime du cœur de nos chères populations, cette glorification que l’Église célébrait de leurs Martyrs ! Elles étaient légitimement fières de voir placer sur les autels des hommes et des femmes de leur sang. Elles ont appris, à leur école, les austères, mais fortifiantes leçons de la croix.
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« Pour s’attacher les âmes, Dieu a surtout agi par sa grâce.
« Nous ne passerons pourtant pas sous silence deux grands moyens naturels dont s’est servie sa Providence, miséricordieuse même quand Elle frappe. La famine et le choléra, deux fléaux redoutés à juste titre, puisqu’ils donnent à la mortalité des proportions effrayantes, inconnues dans un pays d’Europe, ont contribué à relever le nombre des baptêmes.
« Le choléra a choisi, de préférence, ses victimes dans les villages païens. Des familles entières ont disparu en quelques jours, emportées par la terrible épidémie, dont les coups étaient d’autant plus meurtriers qu’elle régnait par intermittence, disparaissant subitement, pour réapparaître quelques semaines plus tard, au moment où on s’y attendait le moins.
« Nos chrétiens ont été l’objet d’une protection particulière du Ciel. La région la plus éprouvée a été celle de Phong Y, où réside M. Martin. Le dévouement de ce cher Confrère et les soins des Sœurs chargées de son hôpital ont arraché à la mort un grand nombre de victimes. Le Gouvernement a voulu rendre un hommage public à son mérite, en lui décernant une décoration annamite. M. Martin a régénéré 28 adultes, qui sont allés recevoir immédiatement la récompense de leur foi ; il préfère cette couronne d’élus à toutes les distinctions honorifiques !
« Bien que le choléra ait sévi presque partout, comme l’attestent les comptes rendus des Missionnaires, un fait digne de remarque est que tous nos Confrères, tous nos prêtres indigènes ont été épargnés ou sont sortis indemnes des attaques du redoutable fléau.
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« Voici le résumé de quelques-unes des relations qui me sont adressées. M. Degeorge écrit de Yen Khuong : « J’espérais avoir, cette année, un bon nombre de baptêmes. « Malheureusement, la famine a arrêté l’instruction des catéchumènes ; je n’ai pu baptiser que « 12 adultes. Ils appartiennent tous à un village qui ne comptait aucun chrétien, à Ban Kang ; « c’est une position de plus que le démon à dû céder à Notre-Seigneur.
« J’aurais pu baptiser encore quelques païens dans deux autres localités ; j’ai préféré « attendre la fin de la récolte, afin de compléter leur instruction religieuse.
« Yen Khuong compte actuellement 315 néophytes et 484 catéchumènes. La situation « générale est satisfaisante ; je constate même un progrès sensible, qui ne fera que « s’accentuer. Mon ambition serait de pouvoir amener à 1’Évangile toute la tribu, pour qu’il « n’y ait plus qu’un seul troupeau sous la houlette d’un seul pasteur.
« Le principal obstacle auquel se heurte l’évangélisation de ces peuplades primitives vient « de leur croyance à l’influence des génies malfaisants. ─ D’où viennent les maladies ? Des « esprits ─ A qui imputer les pertes, les accidents, les malheurs de toutes sortes ? Aux esprits. « Et pourtant, Dieu leur adresse parfois, pour les désabuser, de sévères leçons. Voici un « exemple pris entre bien d’autres.
« L’an dernier, quelques païens de Ban Chieng s’avisèrent de rebâtir la paillote de l’esprit « du village. Ils travaillèrent en cachette, à la tombée de la nuit. Un de nos catéchumènes, « appelé Tao Kai, un notable de l’endroit, était de connivence. N’osant pas, lui-même, mettre « la main à la construction du temple, il envoie son frère, encore païen, aider les ouvriers « improvisés. Est-ce punition divine ? est-ce coïncidence fortuite ? le fait est que, le même « soir, un de ses enfants, son unique garçon, tombe gravement malade. Le sorcier s’empresse « d’invoquer ses esprits ; trois jours durant, il renouvelle ses incantations, toujours sans « résultat. Le mal empire et Tao-Kai, n’ayant pas réussi du côté du diable, se tourne, en « désespoir de cause, vers le bon Dieu. Il m’envoie chercher et je me rends en toute hâte près « de l’enfant, que je baptise et auquel je fais prendre quelques médicaments. Lorsque je me « retire, il va déjà mieux : il a repris sa connaissance et parle facilement ; tout fait espérer « qu’il guérira, car il ne semble pas gravement atteint. Je fais une dernière recommandation au « malheureux père et lui défends de laisser revenir le sorcier.
« Hélas ! il ne put pas résister aux sollicitations de ses parents et de ses amis païens. Le « lendemain matin, il fit un nouveau sacrifice aux esprits et, vers midi, l’enfant mourait. Est-il « permis de dire à ce pauvre catéchumène que son fils est mort parce qu’il a fait blasphémer « le nom du Seigneur par ses ennemis ? C’est le secret de Dieu ; mais tout le village a été « impressionné par cet événement.
« Je songe toujours, conclut M. Degeorge, à remplacer ma maison et ma chapelle, qui « l’une et l’autre menacent ruine, par quelque chose de plus solide. Je voudrais une église plus « vaste et plus convenable. »
« M. Pirot m’écrit, de son côté, de Muong Sia : « La famine a rendu l’administration des « chrétientés particulièrement difficile. La moisson de novembre a été complètement dévorée « par les rats. Pendant six mois, les hommes sont allés au loin mendier ou acheter un peu de « riz ; les femmes ont passé leurs journées dans la forêt à la recherche de racines pour se « nourrir.
« A la famine s’est ajoutée une épidémie de choléra. Des gens, qui étaient allés se procurer « du sel à Phong Y, l’ont apporté au village de Ban Muong. Les chrétiens, effrayés des « ravages du fléau, se sont confiés en la Providence. Ils ont organisé d’eux-mêmes des prières « publiques ; pendant toute une journée, ils ont fait monter vers le Ciel leurs supplications et « invoqué, avec ferveur, la miséricordieuse Vierge Marie. Ils ont mérité d’être épargnés ; « quelques cas peu graves se sont déclarés et se sont terminés par la guérison.
« Si nous ne considérions que les difficultés de l’évangélisation dans cette contrée, si « surtout nous n’avions, pour nous soutenir dans nos efforts, que la pensée des résultats « enregistrés chaque mois ou même chaque année, nous serions tentés de nous décourager. « Notre force et notre consolation sont de jeter un coup d’œil sur l’ensemble des progrès « réalisés. La grâce de Dieu a fait son œuvre ; nos convertis sont foncièrement religieux ; « l’antipathie des païens pour notre religion a généralement disparu ; les calomnies de nos « ennemis ne sont plus écoutées. J’ai trouvé, à mon arrivée à Muong Sia, 25 familles « chrétiennes ; j’en ai aujourd’hui 70. »
« Le district de Muong Khiet, qui est administré par M. Canilhac, a fourni 6 baptêmes d’adultes. Ce cher Confrère est heureux d’annoncer la conversion de Tao De, que des difficultés avec le gouvernement au sujet de ses terrains avaient retardée, et l’établissement d’une nouvelle station à Ban De, où six familles apprennent les premiers éléments du catéchisme. Cinq nouvelles familles se font instruire à Muong Khiet.
« Ici encore, la famine et le choléra ont repandu la tristesse et la terreur. Les chrétiens n’ont eu souvent, pour toute nourriture, que les tubercules de la forêt et la moelle de certains arbres. Un quart de la population a succombé à l’épidémie dans le Muong Chu ; les deux principaux catéchumènes de Ban De ont été ravis par la mort.
« M. Canilhac se réjouit à la pensée de pouvoir bientôt terminer son église, dont les travaux ont été interrompus à cause de la famine. Il peut déjà s’en servir pour célébrer la sainte Messe. Sa joie sera complète, quand il pourra y conserver le Saint-Sacrement.
« Laissons M. Bourlet, curé de Thanh Hoa, nous raconter lui-même ce que fut la solennité de la Fête-Dieu, dans sa paroisse. « La procession du Saint-Sacrement que j’ai faite, pour la « première fois, a été, nous dit-il, un vrai triomphe de Jésus-Hostie. Les chrétiens s’étaient « rassemblés de toutes les extrémités de la paroisse. Plus de 200 s’approchèrent de la sainte « Table. La journée se passa en prières et en adoration devant l’ostensoir exposé.
« A cinq heures et demie du soir, la procession sortit de l’église. Les enfants, porteurs « d’oriflammes aux voyantes couleurs, marchaient en tête. Ils étaient suivis des notables de « l’endroit, en habit bleu de cérémonie. La fanfare de Ninh Binh précédait le Saint-Sacrement, « donnant les plus beaux morceaux de son répertoire. Derrière venait la foule des fidèles. Le « chant des prières, alternant avec les mélodies un peu bruyantes de la musique, produisait « une impression qui ne manquait pas de charme et élevait l’âme vers des régions supérieures. « L’effet produit par cette cérémonie sur les païens fut considérable. »
« M. Bourlet, qui a recueilli 32 baptêmes d’adultes, espère augmenter ce nombre dans un avenir prochain. Ses catéchumènes de Sam Son, qui continuent d’étudier avec ferveur, seront bientôt suffisamment préparés.
« Sa léproserie lui permet de faire beaucoup de bien et d’amener à la connaissance du vrai Dieu les pauvres infortunés frappés de l’horrible maladie. Les entrées sont de plus en plus nombreuses. C’est une source de joies pour le Missionnaire.
« M. Soubeyre a enregistré le très beau chiffre de 234 baptêmes. Deux nouveaux postes ont été fondés, à Hung Phu et à Trung Dong.
« Le travail ne s’est pas fait sans peine, écrit-il. Nombreuses ont été les difficultés à « surmonter et bien gros, parfois, les soucis ! La disette, suite inévitable de la perte de la « précédente récolte, a éprouvé tout le district et surtout mes nouveaux chrétiens. Mes « ressources personnelles et les subsides envoyés par Votre Grandeur n’ont pas duré « longtemps. Dirai-je que j’en suis venu à céder un calice, que je destinais à un jeune prêtre « indigène, et à contracter une dette de 200 francs pour procurer à mes chers néophytes autre « chose que le malheureux bol de patates cuites à l’eau dont ils faisaient leur nourriture « habituelle !
« Je suis heureux de constater que mes chrétiens sont très attachés à leurs devoirs religieux, « animés d’un grand esprit de foi, et remplis d’affectueux égards pour leur père spirituel.
« Nous avons célébré les fêtes de nos Bienheureux Martyrs avec tout l’éclat et toute la « solennité dont nous étions capables. Les fidèles sont venus en foule assister aux cérémonies « du Triduum. Le nombre des communions distribuées durant ces jours de bénédictions a « dépassé nos espérances et nos prévisions. »
« A Ninh Binh, M. Pléneau a travaillé avec succès, aidé dans son ministère par un catéchiste qui, durant l’épidémie de choléra, a ouvert le Ciel à un grand nombre d’âmes, et un sergent retraité, nommé An, qui n’a pas craint de passer ses nuits et ses jours au lazaret, où il a baptisé plus de 50 mourants.
« Notre Confrère annonce la fondation de deux nouvelles chrétientés, à Tri Thon et à Ha Thon.
« M. Huctin, chargé de l’école de Ninh Binh, nous raconte en ces termes la conversion et la vie d’un de ses élèves. « Basile Bau, âgé de 17 ans, avait appris, de lui-même, les « principaux éléments de notre Religion. Son instruction ne me demanda, pour être complète, « que quelques leçons sur les points les plus difficiles du catéchisme. Ses parents donnèrent « tout d’abord leur consentement à son admission au nombre des fidèles. Je baptisai le 10 « février dernier. Que se passa-t-il ensuite ? Je ne le sais pas au juste. Mais un revirement se « produisit dans les dispositions de sa mère. Elle ne cessa de le persécuter et de l’engager à « faire des superstitions. Jusqu’ici, il a courageusement résisté. Inébranlable dans sa foi, il « s’est institué apôtre, prêchant par la parole et par l’exemple la vérité du christianisme. C’est « dans l’Eucharistie qu’il vient, chaque jour, puiser les forces dont il a besoin. »
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Monseigneur de Lysiade termine son rapport par un aperçu sommaire sur les œuvres générales de sa Mission.
« La construction de notre Grand Séminaire, dit Sa Grandeur, se poursuit lentement. Nous espérons terminer prochainement le bâtiment principal. Mais les dépendances ne pourront pas être commencées avant que la divine Providence nous envoie les ressources suffisantes.
« Dans nos deux petits séminaires de Phat Diem et de Phuc Nhac, nos Confrères se sont dépensés avec zèle. Si leur labeur est, à certains points de vue, obscur et inconnu des hommes, combien il est important et méritoire devant Dieu ! La maladie a visité plusieurs d’entre eux. Daigne le Divin Maître leur rendre la santé, et leur donner, en retour de leurs sacrifices, de voir toujours leurs élèves remplis du bon esprit qui les anime !
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres sont toujours à leur poste de charité et de dévouement, à Phat Diem, où elles dirigent l’hospice et la maison de la Sainte-Enfance, à Thanh Hoa et à Ninh Binh, où elles dirigent aussi les maisons de la Sainte-Enfance. Dans la première localité, elles ont ouvert les portes du Ciel à 49 adultes et à 140 enfants, baptisés in articulo mortis. A Thanh Hoa et à Ninh Binh, 36 baptêmes d’adultes et 162 d’enfants ont récompensé leurs admirables travaux.
« Jusqu’à cette année, nos excellentes Religieuses avaient desservi l’hôpital indigène de Thanh Hoa, qu’elles avaient fondé il y a douze ans. Mais le terrain et les bâtiments appartenaient au gouvernement. L’administration française vient de les renvoyer. L’opinion publique, tant française qu’annamite, a jugé sévèrement cette mesure. Il n’est douteux pour personne que les premiers, sinon les seuls à souffrir de ce renvoi seront les pauvres malades.
« Des prières ont été faites dans toute la Mission pour le repos de l’âme du vénéré M. Delpech. Les prêtres indigènes ont tous voulu célébrer une messe pour celui qui a été le père et l’éducateur de tant de générations de missionnaires et qui est resté si longtemps l’âme et le cœur de notre chère Société des Missions-Étrangères. »
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