| Année: |
1915 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Orientale |
| Rédacteur: | Mgr Jeanningros |
CHAPITRE VI
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Groupe des Missions de la Cochinchine
et du Cambodge
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I. — Cochinchine Orientale
Population catholique 62.540
Baptêmes d’adultes 1.367
Baptêmes d’enfants de païens 1.220
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« L’absence des confrères malades ou mobilisés en France, écrit Mgr Jeanningros, nous gênait déjà beaucoup au commencement de 1915 ; mais combien plus grand fut notre embarras, lorsqu’au mois d’avril, la mobilisation nous enleva encore onze de nos plus jeunes missionnaires ! Nous comptons, en ce moment, 16 confrères mobilisés et 4 malades ; ce qui porte à 20 le nombre de ceux qui manquent.
« Notre marche en avant est forcément ralentie par suite de la diminution de notre personnel et, humainement parlant, la situation paraît critique dans plusieurs endroits. En effet, beaucoup de postes nouvellement conquis sont encore mal préparés pour la lutte : le démon ne jugera-t-il pas le moment propice pour faire des contre-attaques ? C’est possible, voire même très probable ; mais la grâce divine, toujours proportionnée au danger qui menace les âmes, soutiendra notre courage, et nous espérons bien empêcher le démon de nous reprendre les positions qu’il a perdues.
« La diminution des recettes de la Sainte-Enfance nous a mis dans la dure nécessité de limiter le nombre des entrées dans nos orphelinats. Comment les directeurs de ces établissements ont-ils pu pourvoir à l’entretien des nombreux enfants, qui nous restent ? Je n’en sais rien, en vérité.
« De même, comment les sœurs de notre hôpital, avec les ressources plus que modiques dont elles disposent aujourd’hui, parviennent-elles à donner tant de consultations et de médecines, et à recevoir toujours quelques-uns des nombreux infirmes qui se présentent journellement ? Là aussi, il y a un mystère d’industrie et de savoir-faire que je ne me charge pas d’expliquer.
« Dans plusieurs provinces, la récolte a été mauvaise. Les parents, généralement peu soucieux d’envoyer leurs enfants à l’école, ont trouvé là, pour une fois, une sérieuse excuse à leur négligence. Je suis convaincu que nos écoles seraient mieux fréquentées en tout temps, s’il nous était possible de fournir aux enfants pauvres une tasse de riz à midi. Mais nous devons assurer d’abord la subsistance de l’instituteur ; et c’est là un problème l’autant plus difficile à résoudre pour nous, que l’administration civile se montre plus généreuse à l’égard des maîtres d’école qu’elle rétribue.
« Parmi les événements malheureux du dernier exercice je dois mentionner la destruction d’une belle et grande église en pays bahnar. Au mois de janvier, pendant que M. Asseray se rendait en Annam pour répondre à l’appel de mobilisation, un incendie, allumé par l’imprudence d’une pauvre femme, mit la désolation dans la chrétienté centrale de Konmoney, village de plus de 400 âmes. L’église, la résidence et 40 maisons appartenant à des chrétiens furent réduites en cendres dans l’espace de quelques heures. Les habitants étaient occupés à couper des paillotes dans la forêt. Surpris et affolés, les domestiques de M. Asseray ne purent sauver des flammes que le calice et l’ostensoir. Ces deux objets précieux sont les seuls qui restent à notre confrère de toute sa chapelle.
« Malgré les épreuves qui ne nous ont pas manqué et nos craintes pour l’avenir, nous avons mille raisons de remercier Dieu des bénédictions qu’il a daigné répandre sur notre mission, au cours du dernier exercice. En effet, toutes les chrétientés annexes ont été visitées au moins une fois par les missionnaires ; la plupart l’ont été deux fois ; quelques-unes, trois ou quatre fois. Le nombre des communions de dévotion a augmenté de 60.000 cette année ; il augmentera encore sensiblement, quand nos chrétiens auront pris l’habitude de se confesser un autre jour que le samedi ou la veille des grandes fêtes. Mais cette routine est difficile à déraciner.
« Le chiffre des baptêmes d’adultes (1.367) est assez consolant, eu égard au petit nombre des missionnaires qui nous restent. M. L. Vallet à Phu Thuong, et M. Sanctuaire à Thuon Yen comptent près de 100 baptêmes ; M. Wendling à Mang Lang, M. Geoffroy à Ho Diem et M. Alberty à Ro Hai, en ont eu plus de cinquante ; M. Salomez à Cay Vong, M. Corompt à Habau et M. Hutinet à Konxolang arrivent presque au même nombre.
« M. Salomez a établi une nouvelle chrétienté dans la vallée de Nhatrang. Les néophytes y sont bien encadrés par quelques familles d’anciens chrétiens, venus d’une paroisse voisine.
« De son côté, M. Sanctuaire a pu prendre pied à Hoa Mi, malgré l’opposition de certains notables qui ont fait l’impossible pour l’empêcher de réussir. Mais la foi des nouveaux convertis de ce village a été soumise à une rude épreuve, trois jours seulement après leur baptême. La femme du néophyte le plus influent mourut presque subitement. Aussitôt les soi-disant amis du mari d’accourir pour lui offrir leurs condoléances et lui faire des observations au sujet de sa conversion : « Tu ne saurais nier maintenant, lui disent-ils, que tes ancêtres sont « mécontents, irrités de ta conduite. Il est clair qu’ils se vengent de ce que tu les as « abandonnés pour suivre la religion de Jésus. » Le brave homme, soutenu par la grâce du baptême, ne se laissa point intimider par ces remontrances. Le missionnaire lui ayant adressé quelques paroles d’encouragement, il fit la réponse suivante : « Père, c’est le bon Dieu qui a « permis la mort de ma femme. Elle était baptisée depuis trois jours seulement, et elle n’a sans « doute pas commis de faute grave. Je suis à peu près certain qu’elle est sauvée. La pensée « qu’elle est au ciel me console, et les païens peuvent bien dire tout ce qu’ils voudront : je ne « m’en inquiète nullement. »
« Dans une autre chrétienté de ce même district, la chapelle a été incendiée par mal malveillance. M. Sanctuaire n’a pas eu de peine à donner les indications utiles pour la recherche des coupables Mais en Annam, la justice, trop souvent boiteuse, marche toujours à pas lents. Notre confrère attend depuis de longs mois que l’autorité veuille bien donner à cette affaire la suite qu’elle comporte.
« Les groupes d’émigrés annamites, en formation dans le pays Jarai, donnent beaucoup d’espoir à M. Corompt. Un de ces groupes, dispersé en 1912 par ordre administratif, a été rétabli l’an dernier. Le prêtre annamite qui en est chargé, enregistre 1.130 communions de dévotion pour une cinquantaine de personnes capables de remplir le devoir pascal. Plus soucieux du développement de la province de Kontum que ne pouvait l’être un simple intérimaire, l’Administrateur actuel voit, sans inquiétude, l’établissement de villages annamites dans cette immense région, dont les sauvages ne cultivent qu’une minime partie.
« Les deux districts de la province de Phanrang, que j’ai visités l’été dernier, méritent une mention spéciale pour le progrès de la dévotion des fidèles envers le Sacré-cœur et la Sainte Eucharistie. Nulle part ailleurs les exercices du premier vendredi du mois ne sont mieux suivis. A Phanrang, M. Labiausse compte 6.000 communions de plus que l’an dernier. A Ho Diem, district de fondation récente, son voisin, M. Geoffroy, obtient une moyenne annuelle de 10 communions par personne.
« Je dois signaler parmi les événements heureux de cet exercice, l’ordination de deux prêtres indigènes. Le nombre de nos auxiliaires annamites, réduit à 10 par la persécution de 1885, dépasse aujourd’hui la cinquantaine. C’est déjà beaucoup sans doute : mais c’est encore trop peu, eu égard à l’étendue de notre vicariat
« Quatre de ces prêtres sont employés actuellement dans la province de Kontum, et ils se sont mis de tout cœur à l’étude de la langue des sauvages. Daigne la bonne Providence nous fournir les ressources dont nous avons besoin pour augmenter le nombre de nos collaborateurs et pourvoir à leur entretien ! »
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